Cet article a plus de 6 ans. Il ne concerne pas la saison actuelle. Pensez à le replacer dans son contexte !!!

Depuis leur dernier titre de champion de France en 2009, les Girondins régressent, s’appauvrissent et agonisent sportivement. Le budget du club est passé de 100 ME (2009-2010) à 75 ME (2012-2013) où il était encore le 5eme budget de L1. Le budget prévisionnel 2013-2014 du club perd encore près de 25% pour s’établir à 58 ME, soit le 6eme budget de L1, loin derrière Paris, Lyon Marseille, Monaco ou Lille. Mais surtout, à quelques encablures maintenant des Sochaux, Rennes, Sainté, Montpellier … qui vivent dans la fourchette des 40-50 ME.

Le constat de l’agonie budgétaire va de pair avec le constat sportif, même si la Coupe de France de 2013 est l’arbre qui masque le champ de ruines. Depuis 4 saisons, le club a vendu tous ses joueurs « bankables » pour renflouer ses caisses et diminuer sa masse salariale.

Jean-Louis TRIAUD

Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut revisiter rapidement l’histoire des Girondins. Dans les années 80, Claude Bez est aux affaires, Bordeaux rayonne. Mais Bez claque du fric qu’il n’a pas, magouille la compta et termine en taule pendant que le club est relégué financièrement en 2eme division. Afflelou reprend le club, le fait remonter et lui offre quelques jolies heures au cours des années 90 avant de comprendre que le foot est structurellement déficitaire. Le club est bradé (18 ME) à un « investisseur » privé : M6, la petite chaine qui monte. A l’instar de ce que Canal avait fait avec le PSG, les décideurs de l’époque considéraient que seul un diffuseur (because droits télé) pouvait investir dans le foot. Passons sur les hauts et les bas des années 2000, en soulignant que pendant ces années, la politique d’achat-vente des joueurs a permis au club d’enregistrer des bénéfices. Arrive Laurent Blanc qui offre un titre aux Girondins. Les dirigeants bordelais sont sur un nuage et s’imaginent être « le nouveau Lyon ». Mais Blanc est déjà ailleurs et le club se vautre à une piteuse 6eme place l’année suivante. Pas de C1, fini les années fric. Sauf que le club est embourbé dans des contrats de joueurs longs et onéreux. Gourcuff est fourgué in-extremis à Aulas, mais la masse salariale plombe le bilan comptable du club qui, incapable de remonter la pente sportivement, enregistre déficit structurel sur déficit structurel…

Mais qu’est-ce qui fait VRAIMENT la différence entre Bordeaux et les autres clubs de L1 ?

C’est que Bordeaux n’appartient pas à des PASSIONNES, mais à une ENTREPRISE. Tous les autres propriétaires de clubs investissent par PASSION et jouent avec leur pognon. Cela vaut pour les millionnaires, Loïc Féry (Lorient), Olivier Sadran (TFC), Jean-Michel Aulas (OL), Louis Nicollin (MHSC), Waldemar Kita (Nantes) autant que pour les milliardaires, Louis-Dreyfuss (OM), Rybolovlev (ASM), Al-Thani (PSG) mais aussi les riches familles françaises: Pinault (Stade Rennais), Seydoux (Losc), Peugeot (Sochaux) …

Tavernost - Triaud

Mais à Bordeaux, le président bénévole n’a pas de billes dans le club. De fait, il n’est qu’une sorte de régisseur local qui met en oeuvre la politique décidée par le conseil d’administration de M6. Nicolas de Tavernost, président du directoire de M6, ne possède lui non plus aucune part du club à titre personnel. C’est là que toute la différence se fait entre Bordeaux et le reste de la L1.

Bordeaux est dirigé par des décideurs qui n’ont aucune relation affective avec le club, mais exclusivement une relation financière.

Le club n’est pour eux qu’une ligne comptable parmi d’autres. Quand la ligne est positive, ils sourient, quand la ligne est négative ils exigent de la rendre positive au plus vite. Là où les mécènes des autres clubs vont renflouer leur club à coups de millions pour maintenir le standing et un projet sportif qui nourrit leur PASSION, les propriétaires des Girondins exigent avant tout un apurement des comptes. Les porteurs d’actions M6 n’acceptent pas que les Girondins plombent le rendement de leur placement…

Nicolas de TAVERNOST

On ne peut pas leur jeter la pierre… une entreprise a vocation a générer des revenus, pas à se payer des danseuses ou des jouets structurellement déficitaires, ce que peuvent se permettre tous les millionnaires et milliardaires de la planète. Tant que M6 sera propriétaire des Girondins, à l’heure du capitalisme décompléxé, l’équilibre budgétaire ne pourra être que la seule ligne de conduite du club.

La sortie du tunnel pourrait se profiler à la fin de la saison 2013-2014, plus probablement à la fin de la saison 2014-2015, avec le départ (libre) des joueurs aux lourds contrats dont aucun club ne veut. La situation financière sera assainie, mais à quel prix sportif ?

Car il faudra reconstruire un effectif pour inaugurer le nouveau stade et poser quelques dizaines de millions d’euros sur la table au risque de devenir le nouveau « Le Mans », le club qui a un MMArena flambant neuf … pour jouer en DH.