La mode est à la vente des clubs de foot. Après la période des riches mécènes, voici le temps des fonds d’investissement. Mais ces fonds apportent-ils de réelles perspectives de développement pour les clubs. Rien n’est moins certain. L’arrivée probable d’un de ces fonds aux Girondins nous amène à décrypter leur fonctionnement

Le foot a connu ces 15 dernières années l’arrivée des riches mécènes. Ces milliardaires que se sont payé un club de foot comme ils s’achètent une Ferrari ou une villa. C’est juste le cran au dessus dans le bling-bling ! Les plus connus : Louis-Dreyfuss à l’OM (1996), Pinault à Rennes (1998), Abramovitch à Chelsea (2003), Kita à Nantes (2007), Rybolovlev à Monaco (2013), Hafiz Mamadov à Lens (2013) et tout récemment McCourt à l’OM (2016)…

On a également vu des entreprises voire des états investir pour des raisons de stratégie. Essentiellement des entreprises de médias (Canal +, M6, …) plus le Qatar (PSG) dans son OPA sur le foot en vue de la Coupe du Monde

Nicolas de Tavernost M6

Depuis peu, le profil des investisseurs a évolué. On est passé de personnes physiques à des fonds d’investissement. Un fonds « porte » le projet et constitue un « tour de table » d’investisseurs qui croient en ce projet. C’est le schéma à Nice depuis 2016 et surtout du LOSC, depuis 2017. Le fonds chinois IDG Capital a injecté 100 millions d’euros dans l’Olympique lyonnais et détient aujourd’hui 20 % du capital. Auxerre et Sochaux sont aussi passés sous la coupe de fonds chinois.

Mais un fonds d’investissement, ça ne vient pas pour faire du bling-bling ou fighter dans la négociation des droits télé. Un fonds d’investissement, ça vient pour faire du fric.

« Les investisseurs veulent bien investir s’il y a des plus-values à la clé mais pas pour résorber les déficits »

Un milliardaire, une grosse entreprise … ça a des avantages : ça peut donner des garanties bancaires et résorber des déficits. Louis-Dreyfus, Pinault ou M6 le font ou l’ont fait pendant des années.

Un « tour de table », c’est un fusil à un coup. On rassemble X millions d’euros amenés par 5, 10 ou 50 investisseurs différents, on met en place le projet et on voit si ça marche.

Quand ça fonctionne tout le monde a le sourire (Nice).

Quand on se plante, plus rien ne va. C’est l’exemple du LOSC. Un projet monté sur la base d’un important autofinancement via la revente de jeunes pousses avec de grosses plus-values mais qui n’a pas réussi à vendre ses joueurs comme il pensait.

Et quand les ventes escomptées ne se réalisent pas, l’argent prévu ne rentre pas. Ajoutez le licenciement d’un entraîneur et vous avez une situation financière qui vire au rouge, si bien que la DNCG (le gendarme financier du foot français) a interdit au club de recruter et l’a relégué « à titre conservatoire » en L2 pour la saison prochaine. Pourquoi ? Parce que le « tour de table » ne remet pas 1 seul euro sur la table et ne se porte pas caution pour combler le déficit annoncé de la saison.

Gérard Lopez LOSC

Gérard Lopez, c’est l’archétype de ces « fonds d’investissement », ces structures qui jouent essentiellement avec l’argent des autres. Touche à tout, Lopez multiplie la création de sociétés d’investissement et de capital risque depuis la fin des années 90. Son nom apparaît dans la boite qui a financé Skype à ses tout débuts, et on le retrouve en Formule 1 où en 2009, il rachète l’écurie de Lotus finalement revendue à Renault pour « 1 livre soit 1,35 euro ».

Après voir levé plus de 100 millions d’euros auprès de fonds d’investissement pour le rachat du LOSC, Gérard Lopez n’a pas réussi à convaincre pour l’instant de nouveaux investisseurs. Et aujourd’hui Lopez, cherche désespérement 25 ME pour tenter de boucler le budget de la saison et espérer passer l’épreuve de la DNCG cet été.

« Les investisseurs français ne sont pas convaincus qu’on peut gagner de l’argent dans le football. Les étrangers pensent le contraire »

La principale explication à ceci serait que les investisseurs étrangers montent leur business plan selon les méthodes et rendements en vigueur dans leur pays (on les entend toujours parler du modèle des franchises de Basket). Et les investisseurs français considèrent que le poids des charges et coûts d’exploitation chez nous rendent impossible de gagner de l’argent avec le foot dans l’hexagone.

Et l’histoire leur donne raison : combien de clubs de foot français sont _durablement_ bénéficiaires ?

C’est là que réside tout le danger de l’arrivée des « fonds ». Si les investisseurs initiaux ne font pas les bénéfices escomptés, rien ne garanti qu’ils remettront au pot les années suivantes. Et le club, à l’instar de Lille aujourd’hui, en est rendu à chercher tous les ans de l’argent pour boucler son budget. Un fonds d’investissement n’offrira jamais de garanties d’investissement au delà du tour de table initial. Et si un financement supplémentaire s’avère nécessaire, il faudra passer par des augmentations de capital, l’entrée de nouveaux investisseurs, etc … forcément aléatoires.

C’est là que, dans le cas des Girondins, M6 s’est révélé particulièrement précieux en comblant année après année depuis 2010 le déficit d’exploitation.

Est-ce qu’un fonds américain agira de même ? Rien n’est mois sûr …