Cet article a plus de 7 années. Il ne concerne pas la saison actuelle. Pensez à le replacer dans son contexte !!!

Rappelez vous, l’été 2009 : c’est la consécration du beau jeu à Bordeaux. Goucuff, Chamakh, Diawara, Planus ont fait la loi sur les terrains de la ligue 1 toute la saison. Laurent Blanc a reçu les clés du club en 2007 et en deux ans, il a redonné un titre de champion à Bordeaux, avec la manière. Jean-Louis Triaud est élu « dirigeant de l’année » par France Football, c’est l’année de tous les superlatifs, la presse ne tarit pas d’éloges sur les Girondins de Bordeaux. Gourcuff est définitivement acheté et se voit offrir le second salaire de la Ligue 1. Premier couac, passe d’armes entre Chamakh et Triaud, remportée par le joueur qui refuse de prolonger son contrat et partira donc libre. S’en suit une campagne de prolongations de contrat tous azimuts : Entre septembre 2009 et avril 2010, Bellion, Chalmé, Fernando, Jussie, Henrique puis Planus se voient offrir des contrats qui les emmènent jusqu’en 2014 ou 2015.

Laurent Blanc

Le début de saison 2009-2010 est idyllique, mais l’équipe s’effondre en janvier pour terminer sur un rythme de relégable. Blanc assiste, distant et agacé, à la chute de ses hommes à l’aide d’une paire de jumelles depuis un surplomb lointain. C’est que Lolo Blanc se fait une idée suffisamment haute de lui-même pour ne pas galvauder sa propre parole. Ni son talent : estimant devoir piloter une 1000 cm3 sans passer par la case 125cm3, il a préféré attendre qu’un club digne de lui – Bordeaux, donc – lui fasse signe plutôt que d’entrer dans la carrière dans un club de milieu de tableau. En septembre, il affirme sur le site des Girondins : «Si j’avais un effectif que je ne juge pas capable de jouer au ballon, je ferais certainement évoluer mon équipe d’une manière différente de ce que je fais aujourd’hui avec Bordeaux. Mais à ce moment-là, c’est moi qui irai à l’encontre de ma philosophie. Et ce serait certainement voué à l’échec »

Blanc, c’est aussi le type qui ne met pas les mains dans le bourbier. A l’entrainement, il laisse le soin à Gasset de préparer les séances et de les diriger. Coté recrutement, aller chercher Gourcuff, Diawara, Plasil, Diarra ou Carrasso ne relève pas d’un flair hors-norme. Faire prolonger ses cadres plutôt qu’essayer de dénicher de nouveaux talents, c’est la solution de facilité. Il préfère les caméras, la politique et le pouvoir que le pré ou superviser des joueurs aux quatre coins de l’Europe. Depuis trois ans, il a d’ailleurs martelé sur tous les tons : «Je ne ferai pas le métier d’entraîneur très longtemps »

Et puis le dimanche 20 décembre 2009, il déclare à Téléfoot « Oui [l’équipe de France m’intéresse] ». A partir de ce jour là, les joueurs ont compris qu’ils n’étaient qu’un moyen pour Blanc d’accéder à son projet de carrière perso et ont décroché. Quant à Triaud, blême, il est évident dans la vidéo ci-dessus qu’il prend le ciel sur la tête quand Blanc répond « Oui », même si il essaye de se raccrocher aux branches « oui, mais dans 20 ans ».

Le cas Laurent Blanc a été très mal géré à Bordeaux. Eblouis par leur star, les dirigeants lui ont donné les clés de la maison sans réfléchir, sans comprendre que ses intérêts personnels n’étaient pas forcément les mêmes que ceux du club. Triaud et Tavernost le voyaient comme un manager à la Wenger ou Ferguson, Blanc pensait lui déjà à l’étape suivante. Mais faut-il en être surpris ? Blanc a pensé à sa carrière comme le font tous les footballeurs aujourd’hui: en business man. Blanc ne fait pas ce métier pour l’argent mais il est devenu le sélectionneur le mieux payé du football français en exigeant deux fois la salaire de Domenech… Quand on gagne 1 ou 2 millions d’euros par an, l’affectif n’a pas sa place dans les choix de carrière.

Laurent Blanc

Pendant les 5 mois qui ont suivis, Blanc a soufflé le chaud et le froid sur son avenir, empêchant sa direction (qui aurait dû trancher à l’époque) de choisir son successeur et se tamponnant le coquillard des états d’âme de ses joueurs. 5 mois de faux-semblants qui ont déboussolé les cadres de l’effectif. Sa volonté de rester indépendant vis-à-vis de sa hiérarchie ont progressivement pris le pas sur son travail d’entraîneur et sa relation avec le groupe.

À cause du carriérisme de Laurent Blanc, Bordeaux est rentré dans le rang. Joueurs et dirigeants avaient rêvé éveillés pendant 2 ans et ont trop attaché leur futur à celui de leur manager. Privés d’un leader charismatique, privés d’un projet collectif, privés de challenges personnels, l’effectif de Bordeaux qui tournait à 110% depuis 2 ans est retombé dans la médiocrité quand son rêve s’est envolé.
Jean-Louis Triaud
Quant à Jean-Louis Triaud, le vigneron-président-bénévole des Girondins, il s’est retrouvé seul, dans un costume désormais trop grand pour lui, et qui ressemble à s’y méprendre à celui de Gervais Martel.

Désemparé, depuis ce jour, Jean-Louis Triaud empile les erreurs de casting. Le recrutement de Tigana, certes ancienne légende, mais au CV d’entraineur discutable, puis Maazou, André, FBK dans l’effectif … on en constate tous le résultat aujourd’hui.