Les saisons passent et se ressemblent à Bordeaux depuis 2010 … les coachs et les joueurs se succèdent mais Bordeaux semble frappé d’une malédiction qui fait que le scénario se repête de façon immuable : un coach arrive, il fait illusion 1 voire 2 saisons, puis c’est la dégringolade vers le ventre mou en allant parfois jusqu’à se faire peur en flirtant avec la zone rouge. Bordeaux est-il frappé de malédiction ?

En constatant que ce matin Bordeaux est classé 13eme, derrière Amiens, Troyes et Dijon, nous aurions pu partir sur une énième analyse des carences individuelles de l’équipe, sur le recrutement d’évidence raté, sur l’absence d’autocritique au sein du club, sur les choix stéréotypés de Gourvennec … mais d’autres le font largement aussi bien que nous. Nous préféreons nous interroger pourquoi Tigana, Gillot, Sagnol et maintenant Gourvennec s’embourbent dans le projet bordelais.

Un scénario immuable

Un coach est recruté, toute la famille pose avec le grand sourire sur les marches du Haillan. On évoque les ambitions « européennes » des Girondins en se dépêchant de tempérer l’enthousiasme général en rappelant que « Bordeaux ne peut pas lutter contre les poids lourds« et que « M6 n’est pas le Qatar des Girondins« . Quelques joueurs sont recrutés, sur les conseils de la célèbre « cellule recrutement » bordelaise : en général une ex-gloire française au chomage et quelques brésiliens ou serbes inconnus, permettant de louer la « complémentarité » des générations et des talents.

La Gillot Team

La première saison, en général ça ne fonctionne pas trop mal et le club termine 5 ou 6eme. Le changement de coach, d’adjoint, de méthode d’entrainement donnent un semblant de dynamique et le club termine à une brillante 5ème ou 6ème place ouvrant droit aux accessits de la coupe Intertoto, pardon aux barrages de l’Europa League. Tout le monde s’auto-congratule en soulignant que « une fois de plus Bordeaux est européen » … avant de déchanter à la fin de l’été, en n’ayant pas franchi les barrages de l’Europa League, tout en s’auto-persuadant que « ce n’est pas un drame, juste un jour sans« .

La saisons suivante, conforté dans sa position, le coach apporte sa véritable touche et peaufine SON effectif. Le coach est installé, il a ses chouchous, ses parias, ses recrues à lui …. certains joueurs sont prolongés, d’autres non. Les entraînements se répètent, les joueurs entrent dans une forme de routine. L’effet « nouveau » ne fonctionne plus. Un peu comme dans une relation amoureuse : une fois passées les période passionnelles et d’adaptation à l’autre, pointent les moments de partage du pouvoir ou de la routine. Ben, c’est pareil à Bordeaux…. après la période « intéressante » qui suit l’arrivée du nouveau coach, viennent la routine et les conflits d’intérêts. Et le limogeage de l’entraîneur. Celui qui « dura » le plus longtemps sera Gillot, en bouclant 3 saisons avant de rendre les armes.

Willy Sagnol

Ca semble une évidence que les Girondins engendrent très vite une « routine » dévastatrice. D’abord, ce club n’est pas incarné par une PERSONNE propriétaire qui joue avec son pognon, comme le sont la majorité des clubs de L1. Les Girondins appartiennent à une ENTREPRISE. Et même si Tavernost est le représentant de l’entreprise propriétaire, il ne sera jamais l’incarnation du club comme le sont Aulas à Lyon, Rybolovlev à Monaco, le clan Nicollin à Montpellier, McCourt à Marseille, …

Ensuite, la non-ambition affichée par le club depuis des années fait que l’ensemble du club est tiré vers le bas.

Avec des recrutements de grippe-sou depuis des années, en privilégiant des recrutements d’inconnus venus d’Europe de l’Est ou d’Amérique du Sud, en recrutant des joueurs libres (ceux dont plus personne ne veut) quelle ambition donner à l’ensemble de l’institution « Girondins » ? On a eu beau habiller ceci avec une sémantique pétillante « on recrute malin » « on veut faire comme Monaco avec des jeunes » etc … ça ne suffit pas pour donner une ambition et une exigence sportive.

Stephane MARTIN

En choisissant des entraîneurs sans palmarès, voire même sans expérience, quel signal fort peut-on donner aux joueurs ? Comment ne pas faire de parallèle en voyant le Nantes de Ranieri pointer à la 5eme place derrière l’OM de Rudi Garcia ? Certes, il y a des contre-exemples (Bielsa à Lille) mais en embauchant des coachs de 3eme catégorie, Bordeaux n’affiche plus aucune ambition…

Enfin, en mettant à la présidence un homme venu du monde bancaire et pas du football (ni même d’un autre sport), comment ce dernier pourrait-il maîtriser les arcanes du monde du foot, de ses agents, de ses intermédiaires, de ses structures…

Ce n’est pas une malédiction.
Tout le montre : les Girondins, malgré leur passé, ont abandonné toute ambition de jouer autre chose que le ventre mou.