Bruno Fiévet veut racheter les Girondins. Il l’écrit sur Facebook, il le dit aux journalistes locaux, la blogosphère bordelaise et les twittos sont tout émoustillés … C’est le buzz du moment.

D’abord, Bruno Fiévet il a une vraie tête de bon gars, de gentil, pas une tête de mafioso mal rasé. Un peu rondouillard, la joue nette, le col de chemise ouvert, le sourire facile, la mine bonhomme, il serait parfait dans une publicité Carglass ! Totalement rassurant …

Présenté comme « entrepreneur » et « banquier », Bruno Fiévet est avant tout ingénieur informaticien et principal dirigeant de la société suisse The Key SA, spécialisée dans la fourniture d’outils informatiques pour la gestion de patrimoine.

Surtout, il est motivé et passionné par les Girondins. Et puis Stéphane Martin l’avait choisi pour représenter le club en Suisse. Et en plus, il a un « vrai » projet sportif pour les girondins. Alors là, en pleine campagne #KingStreetOut, l’argument fait mouche et séduit tous les supporters qui ne rêvent que de sortir du cauchemar actuel.

Mais Fiévet est-il le sauveur dont les Girondins ont besoin ?

Fiévet n’est pas exactement banquier. Il travaille avec des banquiers. La nuance a tout de même son importance. Même si il n’a probablement pas trop de mal à boucler ses fins de mois, ça reste un « petit » entrepreneur au regard du monde du foot. Certainement pas un milliardaire.
On joue au mieux dans la cour des Olivier Sadran (TFC), des Loic FERY (Lorient) ou de la famille NICOLLIN (MHSC).

Il n’est pas des milliardaires que sont Jim Ratcliffe (OGC Nice), Gérard Lopez (LOSC), Franck McCourt (OM), François Pinault (Rennes), Jean-Michel Aulas (OL) ou Dmitri Rybolovlev (AS Monaco)

Le profil financier de Bruno Fievet ressemble à s’y méprendre à celui de Joe Da Grosa : un garçon qui a réussi un bon business mais qui n’a pas de quoi investir massivement dans un club de foot.

D’ailleurs, il ne le nie pas : Il précise que son projet « n’est pas pour tout de suite » et qu’il « cherche à réunir un tour de table pour racheter le club« . Son business model, c’est de faire investir une quarantaine de « riches familles » à hauteur de quelques ME chacune. Et les 40 familles vont s’engager à combler d’éventuels déficits ?

La ficelle marketing est un peu grosse : il se positionne de façon à apparaître incontournable lorsque KS décidera de passer la main. Et peaufine son statut de 1er supporter des Girondins.
Pour se garantir le soutien du Virage Sud ?

Racheter, c’est le point de départ. Après il faut faire tourner la machine, mettre en place ses hommes, probablement licencier (avec de confortables indemnités) les équipes GACP/KS et ensuite repartir sur des nouvelles bases.

Et se posera une nouvelle fois la question de remonter une nouvelle équipe, d’investir. Avec quel budget ? Avec quel argent ? Monter une équipe compétitive ne se fera pas avec des joueurs libres ou des joueurs prêtés. Ca fait 10 ans que les Girondins essaient de « recruter malin », on a vu ce que ça donne.

Il faut arrêter le romantisme et de rêver éveillé, jouer le TOP 5 implique de dépenser BEAUCOUP d’argent. Au delà de l’étape de rachat du club, la seule question qui se pose, c’est la capacité à investir sur le recrutement plusieurs années de suite.
Les Qatari, on n’en parle plus mais Lille a dépensé 90 ME cette année. Monaco, c’est 200 ME, Rennes c’est 55 ME. Marseille c’est 200 ME en 3 ans … et comme par hasard, c’est le TOP 5 actuel du championnat.

Structurellement, sans aucun fonds propres et avec un projet basé sur des emprunts à taux quasi-usuraire, GACP ne pouvait pas investir massivement. Fiévet ne le pourra pas plus.

Même si Bruno Fiévet est surement un gars sincère et motivé, sans doute capable de réunir 80-100 ME pour racheter le club, il est peu probable qu’il dispose de la surface financière nécessaire pour investir massivement sur la durée, pour construire une équipe.

Voudrions nous revivre une nouvelle désillusion ? Le club pourrait-il s’en remettre ?