Alors que le départ de Gourvennec est désormais entériné, le choix de son successeur sera sans doute lié au montant de l’indemnité que les Girondins devront lui verser ainsi qu’à son staff. Selon le journal L’Équipe, en comptant toutes les charges, l’addition pourrait être au final de 7 millions d’euros, une somme astronomique qui représente près de 12% du budget annuel total du club (60 ME) !

Sans approcher le record de l’indemnité perçue par Laurent Blanc quand il a été démis de ses fonctions du PSG (22 ME), une indemnité de 7 ME serait énorme pour les Girondins qui ont déjà supporté celle de Sagnol, il y a 18 mois. Et c’est une dépense sans retour, pas comme l’investissement que peut constituer l’achat d’un joueur pouvant potentiellement générer une plus-value à la revente. Une telle dépense occulterai à la fois leur capacité de recrutement d’un joueur supplémentaire cet mais aussi celle d’un entraîneur de renom.

Pourquoi un tel chiffre ?

Essentiellement parce que les Girondins ont prolongé en mai 2017 le contrat de Gourvennec et de ses adjoints Blahic et Plantet jusqu’en juin 2020. Il leur reste donc 2 ans 1/2 de contrat. Ensuite, Gourvennec a bénéficié d’une augmentation de salaire portant aux alentours de 140.000 euros sa rémunération mensuelle. Et quand un employeur rompt un CDD, le salarié est en droit d’exiger les salaires qui lui sont dus jusqu’à la fin de son contrat… d’où le chiffre avancé par l’Equipe.

Conséquences

Si les Girondins doivent régler 7ME à Gourvennec et son staff, ça occulte d’autant leur capcacité à investir sur un joueur offensif. Mais également à recruter un coach « pointure » dont les émoluments (et ceux de son staff) seront à minima du même niveau que ceux de Gourvennec, Blahic et Plantet.
Alors que l’on parle d’une « pointure étrangère » pour reprendre les Girondins en mains, rappelons que Lucien Favre (Nice) émarge à 200.000 euros mensuels et Claudio Ranieri (Nantes) à 300.000 euros mensuels. Des sommes _à priori_ impossible à envisager pour les Girondins, si ils doivent supporter 7 ME d’indemnités… c’est sans doute pour cela aussi que le club s’est également renseigné sur des coachs français disponibles sur le marché !

Négociations

Négociations

Donc, naturellement, le club va tout faire pour ne pas payer ce montant et tenter de « négocier » à l’amiable une somme inférieure. La marge de manœuvre est étroite, en général le salarié est en position de force. Le club peut jouer sur le « fair-play » de son entraineur, en lui demandant d’admettre qu’il a fait des erreurs ayant conduit à la situation de rupture. Mais juridiquement, un entraineur a uniquement une obligation de moyens et non de résultats : il doit tout mettre en œuvre pour assurer la bonne marche de son équipe.

Dans la négociation, le club peut aussi faire peser dans la balance la perspective d’un règlement rapide, par opposition à une longue procédure contentieuse en justice. Mais à l’opposé, l’entraîneur n »a que peut d’intérêt à accepter un accord amiable. En effet, un accord avant toute procédure de rupture du club le prive de certains droits, comme les allocations-chômage. C’est pour cela que seulement la moitié des entraîneurs virés optent pour un accord avec le club.

Jouer la montre

Pour ne pas payer, les clubs tentent souvent de jouer la montre en allant au bras de fer en justice: le conflit Puel-OL a duré 5 ans. A Bordeaux, le conflit avec Elie Baup a duré de septembre 2003 à mai 2007, à l’issue duquel le club a finalement dû lui verser les 32 mois de salaires qui lui restaient dus. Mais les délais de justice permettent de jouer la montre et de retarder l’échéance de plusieurs années, notamment en pariant sur des jours meilleurs et une meilleure situation financière…

Code du travail

La faute grave ?

La tendance du coté des clubs est d’invoquer la « faute grave » pour se séparer d’un coach sans avoir à payer d’indemnité. On l’a vu récemment avec le LOSC qui invoque une faute grave à l’encontre de Bielsa ou, dans le Rugby, la Fédération qui invoque une faute grave à l’occasion de l’éviction de Guy Noves. Mais la « faute grave » est très précise juridiquement et doit répondre à des critères cumulés stricts pour être constituée. Des retards à l’entrainement, des déclarations dans la presse, la mise à l’écart de certains joueurs, l’absence de « tenue » du groupe, etc… sont des éléments fréquemment invoqués par les clubs pour tenter de justifier une « faute grave ». Mais le club perd aux prud’hommes dans 90 % des cas.

Le seul exemple _à notre connaissance_ de faute grave reconnue à l’encontre un entraineur est le cas de Claude Puel, licencié par l’OL en juin 2011 pour « insubordination ». Le club lui reprochait de n’avoir pas répondu à différents mails de son président entre septembre 2010 et mai 2011 l’alertant sur « une situation très sensible », d’une « équipe en déliquescence » et demandant un « ultime plan de bataille ». Puel n’a pas répondu, et compte-tenu de la situation de « crise » dans laquelle se trouvait le club, les prud’hommes ont effectivement qualifié cela « d’insubordination caractérisée ».

Clause libératoire ?

Dans les remplaçants possibles de Gourvennec, il y a Preud’homme. Et si il a été « libéré de ses obligations professionnelles » (un euphémisme pour dire qu’il n’a plus besoin de venir travailler) son club de Bruges ne l’a pas pour autant « libéré de son contrat« .
Preud’homme expliquait au Laatste Nieuws en octobre 2017 : « Je suis encore sous contrat avec le Club de Bruges. Encore deux ans. Le Club ne me paie pas, par contre. J’avais une clause qui stipulait que je pouvais arrêter d’entraîner dès que je le souhaitais. Mais si je devais me remettre au boulot, le club ou le pays qui m’engage devrait évidemment s’arranger avec le Club de Bruges. Il y a une clause libératoire dans mon contrat »

Les Girondins ont-ils pensé à une telle clause en rédigeant le contrat de Gourvennec ? Cela pourrait être un élément adoucissant la note pour le club, si c’était le cas…

Une chose est certaine : l’éviction de Gourvennec est aussi une affaire de gros sous qui aura des impacts très lourds sur le budget des Girondins. Que ce soit cette année ou les prochaines ….