Cet article a plus de 9 ans. Il ne concerne pas la saison actuelle. Pensez à le replacer dans son contexte !!!

Cette saison, Bordeaux claironne ne pas avoir un euro à dépenser pour son mercato. Une situation inédite depuis l’an 2000. Comment un club champion il y a 2 saisons, 1/4 de finaliste de la C1 la saison suivante en est arrivé là ? L’explication s’appelle peut-être tout simplement « Chamakh ».

Juin 2010: après 10 années passées aux Girondins, Marouane Chamakh part libre de son club formateur pour Arsenal, alors que sa valeur sportive était évaluée entre 15 et 20 ME … Ce départ, sans compensation financière, du joueur formé à Bordeaux, est l’un des plus grands échecs de Jean-Louis Triaud et au fil des saisons on se rend compte à quel point il a traumatisé le club, au point de toujours influer sur la politique de recrutement et contractuelle 2 saisons plus tard…

Flashback:
En juin 2007, Chamakh signe une prolongation de contrat qui l’emmène jusqu’en juin 2010 avec les Girondins, moyennant un salaire mensuel de 80.000 euros. L’année suivante, alors que le club termine 2eme du championnat à l’issue de la saison 2007-2008, il demande à Bordeaux une nouvelle revalorisation salariale. Entre-temps, Blanc, Gourcuff, Diawara et Diarra sont arrivés. Tous émargent à plus de 100.000 euros mensuels, voire le double. Jean-Louis Triaud lui oppose néanmoins une fin de non-recevoir ferme en lui expliquant qu’il sera bien temps d’y penser l’an prochain…

Jean Louis Triaud et Marouane Chamakh

Juin 2009, Bordeaux est champion, Chamakh a marqué 11 buts en championnat, il ne lui reste plus qu’un an de contrat avec Bordeaux. Jean-Louis Triaud revient vers lui pour lui proposer une augmentation et une prolongation de 4 ans. Chamakh, lui, n’a pas digéré le refus de la saison passée et il parle plutôt de partir vers l’angleterre que de prolonger avec Bordeaux. Arsenal offre 7 ME, Sunderland propose 10 ME mais Triaud traite l’offre par le dédain « Qu’est-ce que Chamakh va aller fouttre à Sunderland ? ». Lui veut prolonger Chamakh et conserver sa perle offensive au moins une saison pour ensuite négocier encore mieux son transfert. Alors il place la barre haute : « Si Gomis vaut 15 ME, alors Chamakh c’est 18 ME ou rien »

Mais Chamakh persiste. Triaud comprend le danger de la situation et revient à la charge avec une nouvelle proposition salariale : il triple son salaire en s’alignant sur l’offre d’Arsenal et va même jusqu’à lui proposer une année de rétroactivité ! Mais Chamakh est fier et il rappelle au président bordelais comment ce dernier a traité avec dédain sa demande d’augmentation l’année précédente. Contre toute attente, Chamakh annonce qu’il reste à Bordeaux mais qu’il ira au bout de son contrat actuel sans prolonger, à savoir qu’il partira libre en juin 2010 !

Cette perte sèche est vécue comme un véritable traumatisme pour le club qui a toujours tiré ses revenus des ventes de ses meilleurs joueurs, de Zidane à Gourcuff, en passant par Wiltord, Ba, Pauleta ou Faubert…

Conséquence, entre l’automne 2009 et le printemps 2010, pas moins de 6 joueurs se voient offrir des prolongations juteuses pour qu’une telle situation ne se reproduise pas : Jussie, Henrique, Fernando, Bellion, Chalmé et Sané se voient ainsi proposer des contrats qui les emmènent jusqu’en 2014 ou 2015 avec des salaires flirtant ou dépassant le million d’euros annuels !!!! Suivra Planus, en avril, lui aussi prolongé jusqu’en 2015 ! Oufff … Triaud respire, le cas Chamakh n’est pas prêt de se reproduire, il a réussi a prolonger l’essentiel de ses joueurs champions de France !!! Et dans la foulée, enrole pour 4 ans Fahid Ben Khalfallah (28 ans) pour 4 saisons, avec un salaire de 960.000 euros par an.

Jean Louis Triaud

Sauf que la valeur sportive de tous ces joueurs est sans rapport avec les salaires accordés ! La suite, on la connait : au printemps 2010, l’équipe s’effondre et termine 6eme du championnat. L’année 2010-2011 est un nouveau calvaire et en juin 2011, l’actionnaire annonce une « réduction de voilure et de masse salariale ». Mais qui s’intéresse à Jussie, Henrique, Bellion, Chalmé, Sané, FBK ou Planus ? Qui veut payer un transfert et offrir un salaire « de ligue des Champions » à ces joueurs quasi-trentenaires après la saison calamiteuse de Bordeaux ? Les joueurs de Bordeaux intéressent pas grand monde, ni en Europe, ni même en France… les propositions de transfert sont inexistantes. Bordeaux doit garder ses « prolongés » et faire avec.

Voilà toutes les conséquences du départ libre de Marouane Chamakh : un politique de prolongation de contrats effectuée dans la panique et pour des durées totalement inhabituelles (usuellement, on prolonge un joueur d’1 ou 2 années, pas de 4 ou 5). Et sur des joueurs à la valeur sportive totalement discutable. Aujourd’hui, Bordeaux est prisonnier de ces contrats qu’il va falloir honorer et ne peut donc pas renouveler son effectif comme il le souhaiterai… Pire, ces fameux contrats emmènent la plupart de nos fameux « prolongés » jusqu’à leurs 34 ou 35 ans, leur garantissant une fin de carrière sportive confortable à Bordeaux.

Tout ça pour n’avoir pas su gérer le cas Chamakh et les disparités salariales apparues en juin 2008, lors de l’arrivée de Blanc, Diawara, Gourcuff et Diarra…