Dès les premières heures de la saison, Bordeaux s’est offert une polémique et une crise autour du poste de gardien de but. Une crise qui est tout sauf résolue aujourd’hui …

L’imbroglio remonte à la grave blessure de Cédric Carrasso, fin janvier 2015. Dans l’urgence, Jérôme Prior est catapulté dans les buts, lors de la 1/2 finale de Coupe de la Ligue contre le LOSC. Et c’est une catastrophe, avec 5 buts encaissés par le pauvre Prior, fébrile et esseulé devant sa ligne. Cerise sur le gâteau, Prior pète les plombs dans le vestiaire, se bat contre Sané et passe à deux doigts du licenciement.

Jérôme PRIOR

Les autres gardiens de la réserve étant blessés, il est décidé de recruter un gardien pour palier à l’indisponibilité de Cédric Carrasso. Dans un premier temps, tout démontre que Bordeaux s’oriente vers des gardiens expérimentés pour un intérim de 6 mois. Sirigu (PSG) est sollicité mais décline. C’est alors Douchez (PSG) qui est envisagé, avant que ne soit explorée la piste de Guillermo Ochoa (Malaga).

Mais cette stratégie de recruter un gardien expérimenté pour 6 mois est abandonnée au bout de quelques jours.

Faut-il voir dans le revirement de Sagnol à l’époque la main de son agent Stéphane Courbis, gérant également les carrières de Carrasso et Prior … justement en visite au Haillan le jour où était attendu Ochoa ? Carrasso a-t-il oeuvré pour éviter l’arrivée d’un gardien confirmé à Bordeaux ? Sagnol a-t-il considéré que la blessure de Carrasso remettait en cause la suite de sa carrière et qu’il fallait préparer l’avenir dès aujourd’hui en enrôlant un jeune gardien ?

Paul Bernardoni

Toujours est-il que du jour au lendemain, fini les noms de gardiens expérimentés et l’on évoque alors les noms de Paul Nardi (Monaco), Paul Bernardoni (Troyes) et Abdoulaye Diallo (Rennes), trois jeunes pousses du championnat. Bordeaux optera pour Paul Bernardoni, un jeune gardien inconnu de 18 ans qui vient de s’installer dans les but de Troyes (dernier de ligue 1). On relève également qu’un mois plus tard, en Février 2016, Jérôme Prior quitte l’écurie de Stéphane Courbis pour confier la défense de ses intérêts à sa famille. Pure coïncidence ou est-ce lié au revirement de Sagnol ?

Sitôt arrivé à Bordeaux, Bernardoni est propulsé dans les cages bordelaises contre Lyon et se montre lui aussi fébrile et peu inspiré avec 3 buts encaissés. Les matchs suivants ne sont pas meilleurs: en 7 rencontres sous le maillot de Bordeaux, Bernardoni encaissera pas moins de 18 buts.

Sagnol remercié, Ramé s’empresse de remplacer Bernardoni par Prior. Et ça marche… la saison se termine cahin-caha avec un Prior qui _à défaut d’être impérial_ tient la boutique.

Pendant ce temps, Carrasso bosse comme un malade pour revenir. Il va même jusqu’à faire un régime pour perdre du poids et apparaît plus svelte que jamais au redémarrage de l’entrainement début juillet 2016. A l’entrainement, il casse la baraque et se montre à son avantage. Mais en l’absence de feu vert du chirurgien l’ayant opéré et de Bernardoni en sélection U19, c’est Prior qui joue les matchs amicaux. Le feu vert du staff médical intervient le fin juillet et Carrasso joue une mi-temps parfaite contre Lorient en amical, le 3 aout. Une petite mi-temps et puis c’est tout ….

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Mais entre-temps, le 29 juillet, Bordeaux a prolongé le contrat de Prior de 2 saisons supplémentaires, signe évident d’une confiance élevée et la promesse d’un rôle important. 10 jours plus tard, Cédric Carrasso livre une interview détonante à France Football où il accuse ses dirigeants de tous les maux, au premier rang desquels de le pousser vers la sortie « Carrasso, il a trente-quatre ans, il vient de se faire les croisés alors on attend. Ils doutent de moi, de mon retour » affirme-t-il.

Le 12 aout, Gourvennec confirme que Prior est numéro 1, Carrasso numéro 2 et Bernardoni (jeune champion d’Europe U19) numéro 3. Pas de bémol, pas de réserves, pas de « pour l’instant« , pas de « le temps que Cédric confirme son bon retour » …
Et ce choix est un échec. Prior prend 2 buts en 10 mn contre Saint-Etienne et 4 autres contre Toulouse. Carrasso est rappelé dans les buts contre Nantes et maintien sa cage inviolée avec quelques arrêts décisifs. La logique est respectée, le boss est de retour.

Jocelyn Gourvennec

Se pose la question de savoir comment a été décidé de mettre Prior en numéro 1. Au vu du déroulement des événements (prolongation de Prior, interview de Carrasso) tout laisse à penser que la décision a été prise au moment de la prolongation de Prior. On ne prolonge pas un second gardien sans vouloir lui faire jouer un vrai rôle. On peut se souvenir de Valverde qui joua 15 matchs de L1 et 3 de C1 en 2008-2009 (l’année du dernier titre) avec une certaine réussite. Il ne fut pas pour autant propulsé numero 1 la saison suivante. Et un intérim réussi n’en a pas fait pour autant un bon gardien de L1 (après une saison ratée à Boulogne, il s’est expatrié à Chypre).

Tout laisse donc à penser que le club avait décidé dès le milieu de l’été de reléguer Cédric Carrasso au poste de numéro 2, considérant que ce serait sa dernière saison au haut niveau. Jusqu’à quel point Gourvennec a-t-il cautionné cette décision, qui au final le fragilise ?

Mais si sa direction a peut-être quelques griefs à son égard, sportivement, Carrasso aujourd’hui reste indiscutable face à Prior et Bernardoni. Et l’on voit mal lequel des deux pourrait le déboulonner cette saison, à moins d’un incroyable revirement de situation.

A l’arrivée, un sacré imbroglio comme probablement seuls les Girondins savent les engendrer :

– Un Cédric Carrasso indiscutable sportivement mais qui sera en fin de contrat en juin prochain
– Un Jérôme Prior prolongé jusqu’en 2020 mais déjà désavoué sportivement pour la seconde fois en 6 mois
– Un Paul Bernardoni, champion d’Europe U19 mais visiblement voué à la CFA2 (à moins que Gourvennec instaure une rotation des numéros 2 pour leur permettre de jouer, comme l’avait fait Blanc avec Keita et Olimpa)

Prochains rebondissements au mercato d’hiver ou en juin prochain.